Bassel Safadi

Le défenseur de l’open-source et Wikipédien Bassel Khartabil a été enlevé d’une prison syrienne et amené vers une destination inconnue. Photo par Christopher Lee Adams, domaine public. Photo par Christopher Lee Adams, domaine public.

La ville antique de Palmyre en Syrie a été la cible de destructions par le groupe extrémiste de l’État Islamique (ou EI). Bassel Khartabil, un défenseur de l’open-source et Wikipédien qui était déterminé à préserver numériquement la ville pour les générations futures, a été détenu par le gouvernement syrien pendant trois ans. Il a récemment été déplacé hors de la prison où il était détenu; son emplacement actuel est inconnu, ses amis et sa famille craignent pour sa sécurité.

Palmyre a été décrit comme «l’un des sites archéologiques les plus renommés dans le monde», et «la maison à certains des plus beaux vestiges de l’antiquité.” Reconnu comme un site du patrimoine mondial depuis 1980, les objets trouvés dans cette oasis du désert ont été datés de la période néolithique, il y a environ 9500 ans. En tant que carrefour sur une route de commerce est-ouest, la ville a joué un rôle régional hors normes pendant de nombreuses années, depuis le troisième siècle avant notre ère. Beaucoup des ruines de la ville restent non excavés, mais les fouilles archéologiques ont été arrêtées depuis le début de la guerre civile syrienne.

En mai 2015, l’ancienne ville a été prise par l’EI, qui est connu non seulement pour sa conquête de larges pans de la Syrie et l’Irak, mais aussi pour la destruction du patrimoine culturel. Alors que le groupe a d’abord déclaré qu’il préserverait une grande partie du site, détruisant seulement les monuments qu’il considère «polythéistes», il a ensuite rasé d’autres ruines sans signification religieuse. Un amphithéâtre romain a été utilisé pour les exécutions, et un archéologue syrien éminent connu comme «M. Palmyre “a été décapité en août, après un mois de torture. Le 6 octobre, il a été confirmé que l’EI avait détruit l’Arc de Triomphe, un triple arc construit par les Romains au IIe siècle pour commémorer une victoire sur les Perses.

Des années avant ces événements, Bassel travaillait pour capturer numériquement la splendeur et le patrimoine de Palmyre, dans le cadre de son engagement à partager librement avec le monde. En 2008, Bassel a commencé un projet qui regroupe les photos existantes provenant de satellites et d’autres ressources dans un seul fichier “monde”, ce qui donne des magnifiques rendus des monuments et des ruines de la ville en 3D. Ses efforts demeurent inachevée depuis son incarcération: seulement seize photos de ses efforts sont disponibles sur l’Internet Archive, et davantage de données seront publiées dans le domaine public sur newpalmyra.org le 15 Octobre par l’ami et collaborateur de Bassel, Jon Phillips.

Lorsque Bassel n’était pas occupé à partager les trésors culturels de son pays, il était un développeur de logiciels connu pour être déterminant dans le développement du mouvement open-source dans le monde arabophone. Il était un contributeur précoce et fréquent, quoique anonyme, à Wikipedia en arabe. Il a construit et dirigé le projet Syrie Creative Commons (CC), devenant un contributeur non seulement pour CC mais aussi pour Ubuntu, Wikipedia, et le web libre en général. La désormais ancienne directrice de la CC, Catherine Casserly, a écrit en 2013 que Bassel “a travaillé inlassablement pour renforcer les connaissances de la culture numérique, éduquer les gens sur les médias en ligne et les outils open-source.” Lors du lancement des licences CC en langue arabe, il a été crédité d’un “rôle déterminant” dans leur adoption.

Bassel était aussi un contributeur majeur aux initiatives open-source telles que Mozilla et OpenClipart; Le Cadre Aiki de Bassel alimente encore ce dernier. Il a co-fondé la société de conception de sites Web Fabricatorz avec Jon Phillips, et a aidé à fonder Aiki Lab, une communauté technologique et un espace culturel à Damas qui a accueilli les leaders d’opinion et les fondateurs de l’open culture, y compris Mitchell Baker, présidente et PDG de Mozilla. Beaucoup de jeunes ont appris à Damas sur le partage et l’open culture à travers Aiki Lab, et Bassel pouvait souvent se trouver là à toutes les heures de la journée, notamment parce qu’Internet était plus rapide que chez lui.

Le 15 Mars 2012, Bassel a disparu lors d’un voyage vers le quartier Mazzeh de Damas. C’était le premier anniversaire du début de l’insurrection civile du pays et seulement quelques semaines avant qu’il prévoyait d’épouser sa fiancée, l’avocate des droits humains Noura Ghazi. On ne sait pas comment il a été identifié et quelles circonstances ont conduit à sa détention.

Pendant les trois dernières années, Bassel a été détenu à la prison d’Adra de la ville, accusé «d’espionnage pour un Etat ennemi» en vertu du code pénal syrien. Les Nations Unies ont trouvé (PDF, p. 75) que les nombreuses allégations de torture de Bassel, les mauvais traitements, et le manque d’accès à un avocat constituaient une violation de ses droits humains fondamentaux. Un récent avis du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a également constaté que sa «privation de liberté» avait un «caractère arbitraire». Bien que les circonstances de sa détention étaient difficiles-Adra a été décrite comme «infâme» par le Washington Post- Bassel était au moins situé à Damas, à proximité de ses amis et de sa famille. Bassel et Noura se sont mariés en Janvier 2013, l’époux demeurant toujours derrière les barreaux.

Selon Noura, la police militaire a demandé le 3 Octobre à Bassel de faire ses bagages pour un départ en vertu d’un «ordre scellé de la cour”. Craignant pour son sort, il a donné son alliance à un ami et compagnon de captivité avant de partir. Sa famille n’a plus d’informations sur son état actuel ou son emplacement.

Une amie proche de Bassel et ancienne coordinatrice de Creative Commons dans le monde arabe, Donatella Della Ratta, affirme qu’elle et Noura sont très inquiètes à propos de Bassel. Elles craignent qu’il soit confronté à un procès sommaire sans représentation juridique. “Nous avons besoin de savoir où il est», a déclaré Donatella, “et nous appelons à sa libération immédiate.» Sur Facebook, Noura demande, “combien de fois devrais-je ressentir la même terreur, l’inquiétude et la peur de l’inconnu?”

À la Fondation Wikimedia, nous célébrons l’engagement de Bassel pour la connaissance libre et l’open culture. En tant que membres de la communauté mondiale Wikimedia, nous sommes préoccupés par sa sécurité et soutenons les efforts pour le voir à nouveau libre rapidement.

Plus d’informations sont disponibles sur freebassel.org, sur l’Electronic Frontier Foundation, FreeBasselSafadi sur Facebook et sur @freebassel. Les tweets peuvent être étiquetés avec #freebassel, et vous pouvez signer une pétition de solidarité pour exprimer votre soutien sur Change.org.

Katherine Maher, Chief Communications Officer
Ed Erhart, Editorial Associate
Wikimedia Foundation